Natacha Coquery
Université Lyon, History Department, Faculty Member
- Institut Universitaire de France, History, Faculty Memberadd
- Early Modern History, History, Eighteenth Century History, Urban History, Economic History, French Revolution, and 8 moreConsumption and Material Culture, Consumers & Consumption, History of Luxury, Consumption Studies, Culture and Consumption, Business History, Art Market, and Connected Historyedit
- Her current project is on Luxury and Revolution. Economics and Politics in Times of Crisis, c. 1790–c. 1830edit
in Barrière (J.-P.), Boulat (R.), Chatriot (A.), Lamard (P.), Minovez (J.-M.), dir., Les trames de l’histoire. Entreprises, territoires, consommations, institutions. Mélanges en l’honneur de Jean-Claude Daumas, Besançon, Presses... more
in Barrière (J.-P.), Boulat (R.), Chatriot (A.), Lamard (P.), Minovez (J.-M.), dir., Les trames de l’histoire. Entreprises, territoires, consommations, institutions. Mélanges en l’honneur de Jean-Claude Daumas, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2017, p. 432-443.
Tous les historiens s’accordent sur l’essor des consommations à la fin de l’ancien régime : à partir des inventaires après décès, Daniel Roche, Annik Pardailhé-Galabrun, Jan de Vries, Lorna Weatherill ou Cissie Fairchilds ont mis en lumière la présence de multiples biens, devenus peu à peu indispensables à un nombre grandissant de consommateurs. Le processus, indissociable du contexte de croissance économique et démographique (dynamisme des échanges, amélioration des réseaux de transport, mobilités accrues…), repose sur des acteurs multiples : des fabricants et manufacturiers, inventeurs, négociants, boutiquiers, forains, colporteurs, revendeurs, et les consommateurs eux-mêmes, insatiables dans leur désir de nouveauté et de fantaisie. La consommation, de plus en plus variée, s’est socialement et géographiquement élargie ; les classes moyennes occupent une part de marché vigoureuse, notamment pour ce qui concerne les nouveaux produits. En un siècle, un certain nombre de marchandises importées sont ainsi passées du statut de produits exotiques luxueux, rares et chers, à celui de produits médicinaux, le chocolat de santé, puis à celui de consommations quasi ordinaires, comme le café, le sucre ou le tabac : pour les sans-culottes de l’an ii, ces produits font partie des questions de subsistance. L’évolution a été plus flagrante encore pour les vêtements. Les tissus de coton importés d’Orient, indiennes, ont d’abord été, comme le café, considérés comme des curiosités ; ils ne sont pas devenus tout de suite à la mode : au milieu du xviie siècle, ils sont utilisés par une élite restreinte pour la décoration d’intérieur et pour la confection d’habits informels à porter chez soi, comme les robes de chambre banyans. Puis l’engouement a touché toutes les classes sociales parce que l’offre était devenue si diversifiée qu’elle satisfaisait toutes les catégories de consommateurs, du riche au pauvre. On voit là que la distinction, ou l’opposition, entre biens de luxe et biens de masse peut perdre de son sens ; les deux types de consommation s’entrecroisent plutôt qu’ellesqu’ils ne s’opposent. Les nouveautés se sont diffusées non seulement parmi les élites, premières visées, mais aussi parmi les moins fortunés, n’en déplaise à Robespierre qui fustige la consommation populaire de sucre en février 1793, à un moment de tension politique, économique et sociale exacerbée.
Précisément, que deviennent les notions établies de luxe et de goût lorsque la politique, la société et l’économie sont transformées par la Rrévolution ? Que devient le marché du luxe dans les turbulences révolutionnaires ? Mon point de vue est celui d’une historienne de la consommation et de la culture matérielle, spécialiste d’acteurs économiques relativement peu étudiés dans l’historiographie française (et encore moins durant la Révolution), les marchands détaillants. Comme l’a remarqué récemment Daniel Roche, « On n’a pas porté l’attention qu’il mérite à l’effet de redistribution entraîné par la désorganisation du marché, les confiscations, la mise en vente aux enchères, voire la captation des biens par la violence. » L’objectif est de confronter les pratiques commerciales à la nouvelle donne politique, sociale et économique, ce qui est une manière de poser, de façon concrète, la question globale de l’évolution de la relation entre l’économie et la politique en temps de crise. Observer comment le marché se transforme et s’adapte aux décisions politiques et comment les agents économiques ont pu infléchir la politique. Les rapports tendus entre économie, société et politique sont à l’origine du choix d’économie dirigée de l’an ii, d’où l’intérêt d’observer ce moment précis.
Tous les historiens s’accordent sur l’essor des consommations à la fin de l’ancien régime : à partir des inventaires après décès, Daniel Roche, Annik Pardailhé-Galabrun, Jan de Vries, Lorna Weatherill ou Cissie Fairchilds ont mis en lumière la présence de multiples biens, devenus peu à peu indispensables à un nombre grandissant de consommateurs. Le processus, indissociable du contexte de croissance économique et démographique (dynamisme des échanges, amélioration des réseaux de transport, mobilités accrues…), repose sur des acteurs multiples : des fabricants et manufacturiers, inventeurs, négociants, boutiquiers, forains, colporteurs, revendeurs, et les consommateurs eux-mêmes, insatiables dans leur désir de nouveauté et de fantaisie. La consommation, de plus en plus variée, s’est socialement et géographiquement élargie ; les classes moyennes occupent une part de marché vigoureuse, notamment pour ce qui concerne les nouveaux produits. En un siècle, un certain nombre de marchandises importées sont ainsi passées du statut de produits exotiques luxueux, rares et chers, à celui de produits médicinaux, le chocolat de santé, puis à celui de consommations quasi ordinaires, comme le café, le sucre ou le tabac : pour les sans-culottes de l’an ii, ces produits font partie des questions de subsistance. L’évolution a été plus flagrante encore pour les vêtements. Les tissus de coton importés d’Orient, indiennes, ont d’abord été, comme le café, considérés comme des curiosités ; ils ne sont pas devenus tout de suite à la mode : au milieu du xviie siècle, ils sont utilisés par une élite restreinte pour la décoration d’intérieur et pour la confection d’habits informels à porter chez soi, comme les robes de chambre banyans. Puis l’engouement a touché toutes les classes sociales parce que l’offre était devenue si diversifiée qu’elle satisfaisait toutes les catégories de consommateurs, du riche au pauvre. On voit là que la distinction, ou l’opposition, entre biens de luxe et biens de masse peut perdre de son sens ; les deux types de consommation s’entrecroisent plutôt qu’ellesqu’ils ne s’opposent. Les nouveautés se sont diffusées non seulement parmi les élites, premières visées, mais aussi parmi les moins fortunés, n’en déplaise à Robespierre qui fustige la consommation populaire de sucre en février 1793, à un moment de tension politique, économique et sociale exacerbée.
Précisément, que deviennent les notions établies de luxe et de goût lorsque la politique, la société et l’économie sont transformées par la Rrévolution ? Que devient le marché du luxe dans les turbulences révolutionnaires ? Mon point de vue est celui d’une historienne de la consommation et de la culture matérielle, spécialiste d’acteurs économiques relativement peu étudiés dans l’historiographie française (et encore moins durant la Révolution), les marchands détaillants. Comme l’a remarqué récemment Daniel Roche, « On n’a pas porté l’attention qu’il mérite à l’effet de redistribution entraîné par la désorganisation du marché, les confiscations, la mise en vente aux enchères, voire la captation des biens par la violence. » L’objectif est de confronter les pratiques commerciales à la nouvelle donne politique, sociale et économique, ce qui est une manière de poser, de façon concrète, la question globale de l’évolution de la relation entre l’économie et la politique en temps de crise. Observer comment le marché se transforme et s’adapte aux décisions politiques et comment les agents économiques ont pu infléchir la politique. Les rapports tendus entre économie, société et politique sont à l’origine du choix d’économie dirigée de l’an ii, d’où l’intérêt d’observer ce moment précis.
Research Interests:
Ce volume (202 p.) correspond aux annexes du livre inédit, « La boutique à Paris au XVIIIe siècle » (table des matières p.199-202)
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Ce volume contient des cartes illustrant l'implantation commerciale et artisanale à Paris à la fin du XVIIIe siècle. Il fait partie du dossier d'habilitation à diriger des recherches, « La boutique à Paris au XVIIIe siècle ».
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« Il est peu de questions qui aient donné lieu à un aussi grand nombre de controverses que celle du luxe. La raison en est simple. Cette expression ne désigne pas une chose déterminée ; elle a au contraire un sens mobile et relatif et... more
« Il est peu de questions qui aient donné lieu à un aussi grand nombre de controverses que celle du luxe. La raison en est simple. Cette expression ne désigne pas une chose déterminée ; elle a au contraire un sens mobile et relatif et s’applique, selon les temps et selon les lieux, à des objets toujours différents […]. Il n’existe guère un seul article parmi ceux qui sont regardés aujourd’hui comme indispensables à l’existence, ou une seule amélioration d’une nature quelconque, qui n’ait été dénoncé à son apparition comme une superfluité inutile ou comme étant en quelque sorte nuisible. » Dictionnaire encyclopédique universel de Camille Flammarion, 1894-98 (« Consommation »).
La notion de luxe a souvent été condamnée par les moralistes et contestée par les économistes. Or l’identité distinctive du luxe, construction culturelle, économique et sociale qui repose sur la rareté, le savoir-faire, la provenance ou la convoitise, défie les définitions univoques. L’ouvrage entend revenir sur cet objet historique problématique en posant la question de la production, de la diffusion et de la consommation des objets de luxe – l’intérêt heuristique du marché du luxe est bien de mettre au premier plan la question des circulations et des connections –, et en analysant la spécialisation progressive d’un commerce qui concourt à l’embellissement de la personne ou du cadre de vie. Les contributions qui le composent sont issues d’une manifestation scientifique interdisciplinaire organisée à Lyon en 2012, qui était largement ouverte d’un point de vue chronologique, spatial et disciplinaire. Le luxe a souvent été cantonné aux productions des beaux-arts ; il s’agit ici d’en montrer la richesse et la diversité et d’observer comment se sont progressivement mis en place des marchés spécialisés. L’ouvrage développe trois approches spécifiques : la circulation spatiale du luxe (marchands et marchandises), l’économie du luxe (concevoir, produire, vendre), les circulations sociales du luxe (luxe et demi-luxe).
La notion de luxe a souvent été condamnée par les moralistes et contestée par les économistes. Or l’identité distinctive du luxe, construction culturelle, économique et sociale qui repose sur la rareté, le savoir-faire, la provenance ou la convoitise, défie les définitions univoques. L’ouvrage entend revenir sur cet objet historique problématique en posant la question de la production, de la diffusion et de la consommation des objets de luxe – l’intérêt heuristique du marché du luxe est bien de mettre au premier plan la question des circulations et des connections –, et en analysant la spécialisation progressive d’un commerce qui concourt à l’embellissement de la personne ou du cadre de vie. Les contributions qui le composent sont issues d’une manifestation scientifique interdisciplinaire organisée à Lyon en 2012, qui était largement ouverte d’un point de vue chronologique, spatial et disciplinaire. Le luxe a souvent été cantonné aux productions des beaux-arts ; il s’agit ici d’en montrer la richesse et la diversité et d’observer comment se sont progressivement mis en place des marchés spécialisés. L’ouvrage développe trois approches spécifiques : la circulation spatiale du luxe (marchands et marchandises), l’économie du luxe (concevoir, produire, vendre), les circulations sociales du luxe (luxe et demi-luxe).
Research Interests:
Café histoire, 18 décembre 2015 (place St-Sulpice, Paris) I. Définition de l’objet de luxe II. L'interprétation sociale du luxe : luxe, communication, pouvoir : être et paraître III. Luxe, demi-luxe, nécessité : fluctuation des... more
Café histoire, 18 décembre 2015 (place St-Sulpice, Paris)
I. Définition de l’objet de luxe
II. L'interprétation sociale du luxe : luxe, communication, pouvoir : être et paraître
III. Luxe, demi-luxe, nécessité : fluctuation des catégories, fluidité des marchés, diffusion sociale
IV. La diversité des qualités : les boutiquiers, à la croisée des marchés.
I. Définition de l’objet de luxe
II. L'interprétation sociale du luxe : luxe, communication, pouvoir : être et paraître
III. Luxe, demi-luxe, nécessité : fluctuation des catégories, fluidité des marchés, diffusion sociale
IV. La diversité des qualités : les boutiquiers, à la croisée des marchés.
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Sur le commerce de luxe et le shopping à Paris au XVIIIe siècle
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À l’été 2008, la planète tremble en découvrant l’ampleur de la crise financière. Les subprimes deviennent en quelques semaines une réalité dévastatrice. Peut-on considérer que l’échec a eu une vertu et que du séisme est sorti un bien ?... more
À l’été 2008, la planète tremble en découvrant l’ampleur de la crise financière. Les subprimes deviennent en quelques semaines une réalité dévastatrice. Peut-on considérer que l’échec a eu une vertu et que du séisme est sorti un bien ? Sans doute, mais à quel prix ? Success story, demande de régulation, crise, faillite, échec, tels sont les axes d’une réflexion à laquelle l’Association française d’histoire économique (AFHÉ) a voulu participer à l’occasion de son dernier congrès, les 4 et 5 octobre 2013. Les travaux présentés dans cet ouvrage font varier les échelles d’analyse – temporelle, spatiale et sociale – et révèlent les multiples dimensions de l’échec, puisque celui des uns forge parfois le succès des autres et peut avoir des retombées imprévisibles, pas nécessairement négatives, que l’on se place au niveau des individus, des familles, des sociétés ou de l’humanité tout entière.
Lorsque pointe l’échec, plusieurs options s’ouvrent : c’est l’heure des choix. Faut-il opter pour une gestion prudente ? Réorienter l’activité et se faire plus offensif ou au contraire abandonner un créneau, un projet ? Renoncer, persévérer, recréer ? L’échec peut alimenter le repli et le conservatisme autant que l’innovation et la prise de risques. Si la remise en cause est une vertu possible de l’échec, quels en sont les lieux et les outils ?
On trouvera ici vingt-quatre interventions inédites organisées en cinq thèmes qui rendent compte de la richesse des approches : les usages sociaux de la faillite ; l’histoire des entreprises ; les espaces transfrontaliers et politiques en Europe ; les districts et les territoires ; les institutions et les politiques publiques. Si le thème de réflexion peut surprendre par sa formulation antinomique, l’introduction d’Aldo Schiavone, « Quelques hypothèses sur les temps qui nous attendent », confirme la justesse de l’intuition originale.
Lorsque pointe l’échec, plusieurs options s’ouvrent : c’est l’heure des choix. Faut-il opter pour une gestion prudente ? Réorienter l’activité et se faire plus offensif ou au contraire abandonner un créneau, un projet ? Renoncer, persévérer, recréer ? L’échec peut alimenter le repli et le conservatisme autant que l’innovation et la prise de risques. Si la remise en cause est une vertu possible de l’échec, quels en sont les lieux et les outils ?
On trouvera ici vingt-quatre interventions inédites organisées en cinq thèmes qui rendent compte de la richesse des approches : les usages sociaux de la faillite ; l’histoire des entreprises ; les espaces transfrontaliers et politiques en Europe ; les districts et les territoires ; les institutions et les politiques publiques. Si le thème de réflexion peut surprendre par sa formulation antinomique, l’introduction d’Aldo Schiavone, « Quelques hypothèses sur les temps qui nous attendent », confirme la justesse de l’intuition originale.
